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>>Télévision pour les bébés : un danger pour leur santé, pour leur développement et pour leur éducation

30 novembre 2012

Voici un dossier réalisé par Sophie Jehel et Christian Gautellier lors de l’arrivée en France des Chaînes pour bébés, dans le cadre du Ciem, où ils occupaient respectivement la fonction de membre du conseil scientifique et celle de Vice Président.

 Le contexte, en 2007

L’émergence de chaînes pour les bébés de moins de 2 ans

Deux chaînes de TV pour les bébés sont ainsi apparues en France. Baby tv qui s’adresse aux « tout petits » et Baby first qui cible les enfants de « 6 mois à 3 ans ». Les deux chaînes ont été autorisées par le Royaume Uni (OFCOM, instance de régulation) et n’ont donc pas besoin de passer devant le CSA. Aucune chaîne française n’avait été autorisée jusque là à diffuser en continu, 24 heures sur 24, des programmes visant explicitement les moins de 2 ans.

La commercialisation de la première chaîne en 2005 puis de la seconde en octobre 2007 a suscité une vive émotion chez les pédopsychiatres comme chez les éducateurs. Les associations impliquées dans l’éducation des jeunes et l’accompagnement des familles ont souhaité dégager une synergie entre tous les acteurs responsables afin d’aboutir à une situation conforme à l’intérêt de l’enfant et au principe de précaution. Ont ainsi été soulevées, dans une perspective constructive et dynamique, toutes les dimensions du problème que de telles chaînes posent à la société dans son ensemble : la dimension psycho affective, éducative, économique et juridique.

 Les problèmes posés par ces chaînes

1. Le problème psycho affectif

1.1 - Les valeurs à défendre : le caractère vital de la motricité et de l’affection portée à l’enfant

Il est établi par les approches psychologiques, psychanalytiques et par l’approche cognitive que le développement du bébé passe par le développement de sa motricité dans un environnement affectif qui permet la mise en place d’un attachement. C’est la motricité et la manipulation d’objets réels qui favorisent le développement intellectuel du bébé, l’affection qui permet l’émotion, la mémoire, la capacité de supporter la séparation, qui stimule notamment l’envie de vivre et l’amour du corps si important pour le développement équilibré de l’enfant.

1.2 - Les dangers de ces chaînes

La diffusion en continu de programmes destinés aux bébés peut engendrer quatre types de risques pour leur développement :

  • création d’une dépendance vis-à-vis de l’objet télévisuel,
  • frein au développement intellectuel et émotionnel du bébé,
  • isolement affectif et refus de s’engager dans la vie,
  • dysfonctionnements langagiers,
  • troubles de la concentration.

2. Un problème éducatif

2.1 - Les valeurs à défendre : un environnement culturel diversifié respectueux de l’âge de l’enfant et passant par des contacts humains

Respecter le rythme du développement de l’enfant, c’est d’abord tenir compte du fait que le bébé n’est simplement pas mûr pour comprendre les images qui lui sont proposées. Il n’a donc pas besoin d’images animées. La France propose des systèmes de garde diversifiés pour les bébés : crèches, assistantes maternelles, puis dès deux ans, la possibilité d’aller à l’école maternelle. Les parents peuvent ainsi être accompagnés dans l’éducation des enfants, ce n’est pas le cas de tous les pays. Dans le domaine des médias, la France a un secteur de l’édition jeunesse et de l’animation audiovisuelle de qualité. Mais pour y avoir accès l’enfant a besoin à cet âge d’un accompagnement personnalisé.

2.2 - Les dangers éducatifs liés à l’utilisation de ces chaînes

  • La diffusion de programmes en continu peut représenter très vite un risque de fatigue nerveuse excessive pour un bébé.
  • Le fait d’accoutumer des parents à placer dès leur plus jeune âge leur bébé face à la télévision participe d’un mode de socialisation inapproprié qui fait des médias un élément crucial de leur éducation alors que l’enfant n’est pas en âge de comprendre les médias animés.
  • L’écoute accompagnée risque d’être un leurre. Ces chaînes encouragent le visionnage de leurs programmes avec les parents, alors qu’elles répondent surtout à une demande d’aide à l’endormissement et à la tranquillité. D’ailleurs du fait de leur lenteur, ces programmes sont difficiles à suivre par des adultes.
  • Un formatage des goûts sans respect de la diversité culturelle ni de la transmission d’une culture d’origine : ces chaînes diffusent des programmes essentiellement d’origine anglo-saxonne (et américaine) et n’ont aucun quota français. Cela est particulièrement choquant dans un pays qui s’est battu pour maintenir une diversité culturelle.

3. Un problème économique : le bébé au centre d’une logique de séduction commerciale à l’égard des familles

La plupart des chaînes de télévision sont financées par la publicité. Ces chaînes ont déclaré avoir renoncé à la publicité, mais constituent des produits d’appel pour des bouquets de chaînes payantes. Le lancement de ces chaînes correspond donc à une opération de fidélisation des familles par l’offre de bouquets de chaînes ciblant chaque tranche d’âge, opération très utile pour des chaînes qui vivent essentiellement du volume de leurs abonnements. Avant même de savoir parler, l’enfant est donc constitué comme cœur de cible. Il le sera aussi pour leurs produits dérivés.

Ces chaînes s’inscrivent dans des logiques de groupe. Baby First est détenu par trois investisseurs Regency Enterprises, Kardan N.V, Bellco Capital. Regency enterprises a des activités liées au cinéma et à l’audiovisuel. Elle est détenue à 20 % par News Corporation de R. Murdoch. Baby TV a été rachetée par Fox international Television, qui appartient aussi au groupe News Corporation.

Il y a de nombreuses raisons économiques pour que des groupes industriels s’intéressent aux enfants dès leur plus jeune âge. On observe récemment un relatif désengagement des préadolescents, attirés par Internet, vis-à-vis de la télévision. Le lancement de chaînes bébés pourrait être une « attaque » marketing de cibles plus jeunes afin de mieux les fidéliser à l’outil télévisuel. Même si elles ne diffusent pas de publicité, le fait d’habituer les bébés à regarder très tôt la télévision peut aussi faire d’eux des téléspectateurs particulièrement dociles pour les messages qu’ils regarderont par la suite. De plus, en l’absence d’une convention passée avec le CSA, l’absence de publicité ne constitue pas un engagement durable.

4. Un problème juridique : la commercialisation de ces chaînes porte atteinte à la protection des mineurs et au principe de précaution

Ces chaînes ne se contentent pas de diffuser des programmes en continu pour les bébés. Loin des précautions élémentaires préconisées par la plupart des pédopsychiatres, leur commercialisation s’appuie sur un discours qui valorise l’usage de la télévision par les parents auprès des tout-petits. Baby TV se présente comme un moyen de développer « l’éveil » du bébé, Baby first comme une stimulation qui aide le bébé à « mieux se structurer mentalement » et notamment à « « muscler » sa mémoire » . Ces discours risquent d’induire en erreur de nombreux parents et de les encourager à des comportements qui mettent en danger le développement des enfants. Les affirmations de ces chaînes ne s’appuient sur aucune étude sérieuse.

Laisser faire la commercialisation de ces chaînes porte atteinte à plusieurs principes fondamentaux :

  • le respect du développement de l’enfant, principe consacré par la Convention internationale des droits de l’enfant ;
  • la protection des mineurs dans les médias, principe reconnu par la Directive européenne Télévision sans frontières, confié en France au Conseil supérieur de l’audiovisuel ;
  • le principe de précaution, principe reconnu tant au niveau européen que français comme devant guider l’action des pouvoirs publics en matière d’environnement comme de santé publique.

 Pour approfondir

Téléchargez ci-dessous les 4 annexes à ce dossier qui permettent d’approfondir les enjeux soulevés par les chaînes bébés ou de donner des références scientifiques aux risques énoncés.

- Annexe 1 : Les enjeux psycho-affectifs (fichier pdf - 60 ko)

- Annexe 2 : Les enjeux éducatifs (fichier pdf - 40 ko)

- Annexe 3 : Les enjeux économiques (fichier pdf - 30 ko)

- Annexe 4 : Les enjeux juridiques (fichier pdf - 45 ko)

 Contacts :

Sophie Jehel, sjehel club.fr (0612556382) Christian Gautellier, christian.gautellier wanadoo.fr (0689861118)

 Organisations signataires de l’appel contre les télévisions pour bébés

  • Association des ITEP et de leurs réseaux (AIRe) ;
  • Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active (CEMEA) ;
  • Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques (AFC) ;
  • Confédération Syndicale des Familles (CSF) ;
  • Conseil Français des Associations pour les Droits de l’Enfant (COFRADE) ;
  • Conseil National des Associations Familiales Laïques (CNAFAL) ;
  • Familles de France ;
  • les Familles Rurales ;
  • les Scouts de France ;
  • Fédération des Parents d’Elèves de l’Enseignement Public (PEEP) ;
  • Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) ;
  • Fédération des Syndicats Généraux de l’Education et de la Recherche Publique (SGEN-CFDT) ;
  • Francas ;
  • La Ligue Française de l’Enseignement et de l’Education Permanente ;
  • Les Pieds dans le Paf ;
  • Syndicat des Enseignants (SE-UNSA) ;
  • Syndicat National des Enseignants du second degré (SNES) ;
  • Syndicat National Unitaire des Instituteurs Professeurs des Ecoles et Professeurs d’Enseignement Général de collèges (SNUIPP/FSU) ;
  • Union Nationale des Associations Autonomes de Parents d’Elèves (U.N.A.A.P.E) ;
  • Union Nationale des Associations Familiales (UNAF) ;
  • Union Nationale des Parents d’Elèves de l’Enseignement Libre (UNAPEL).


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